google.com, pub-6624278383889177, DIRECT, f08c47fec0942fa0

interview exclusive de Laurent Gbagbo


21 octobre 2021 - 205 vues

Quelques jours après le congrès constitutif Parti des Peuples Africains de Côte d’Ivoire (PPA-CI), son nouveau parti. Le président Laurent Gbagbo a accordé une interview à la chaine internationale France 24 ou il répond sans détour aux questions sur sa candidature à la prochaine élection présidentielle de 2025, sa position sur la limite d’âge et évoque ses rapports avec Simone Gbagbo

 

J :  Monsieur le Pr merci de nous recevoir

   C’est la première fois que vous donnez une interview depuis votre retour en Côte d’Ivoire. Je dirai depuis votre retour en politique. Cela fait presque 40 ans que vous avez fondé le Front populaire Ivoirien. Est-ce que la création de ce nouveau parti est un petit peu une déchirure ? Ou c’était- nécessaire de tourner la page ?

 LG : c’est toujours une déchirure quand on est obligé de recommencer. Mais il le fallait. Parce qu’à mon retour, je ne reconnaissais plus le parti qu’on avait créé depuis longtemps, depuis 1982. Et Il fallait reprendre la même idée, la même force et la même dynamique pour l’injecter dans un nouveau parti.  Et c’est ce que nous avons fait.

J : Au congrès, il y avait une absence qui a été remarquée à savoir celle de Simone Gbagbo. Est-ce à dire qu’il s’agit clairement d’un divorce politique ou est-ce que vous espérez qu’elle pourrait rejoindre votre mouvement ?

LG : Posez-lui la question. Moi j’avance. Je vais devant. Un parti c’est ainsi fait. Appartient au parti celui qui y adhère. Si elle y adhère.

J : Vous l’espérez quand même ?

LG : oui. On espère que tout le monde adhèrera. Quand on crée un parti on espère que tout le monde adhèrera. Même si on sait que tout le monde n’adhèrera pas, sinon ce sera un parti unique. Sinon, celui qui adhère est membre

J : Alassane Ouattara, vous l’avez vu le 27 juillet dernier. C’était votre première rencontre officielle depuis pratiquement 10ans. Je crois comprendre que vous échangez régulièrement : Est-ce qu’une prochaine rencontre est prévue car il y’a notamment plusieurs dossiers sur la table

LG : j’espère qu’une rencontre prochaine aura lieu. Surtout pour fixer les 4 nouveaux. C’est-à-dire la réconciliation n’est pas un slogan.

J : cela prendra la forme d’un dialogue national ? c’est vrai que l’on entend souvent

LG : Je ne sais pas. D’où dépend de ce que va nous proposer le chef de l’Etat comme schéma. Mais je pense qu’il faut solder tous les comptes et puis se mettre en chemin

J : J’ai entendu dire que lors de cet entretien du 27 juillet, vous avez abordé avec le président le cas de Guillaume Soro. Vous avez plaidé pour qu’il puisse revenir et le président vous a opposé un refus catégorique

LG : Vous avez mal entendu

J : Je n’étais pas là, mais…vous l’avez entendu

LG : celui qui vous a parlé, vous a mal parlé

J : Alors racontez nous

LG : je n’ai rien à raconter. Je sais que nous avons discuté de beaucoup de cas dont celui de Guillaume Soro et il n’y a pas de non ou de oui. Et c’est même le président Ouattara qui a abordé le problème de Guillaume Soro. Donc voila

 

J : Donc vous souhaitez son retour

LG : Oui bien sûr. Je souhaite que la constitution soit appliquée. Dans notre constitution, il est écrit que nul ivoirien ne doit être contraint à l’exil. Je crois que c’est cela que dit la constitution. Il faut qu’elle soit appliquée.  Si nous l’avons écrit dans la constitution. Si les constituants l’ont écrit dans notre constitution, c’est que cela correspond à beaucoup de choses dans la tête des ivoiriens

J : Il y’a un autre sujet que vous avez abordé durant votre discours de clôture, il s’agit de votre condamnation à 20 ans de prison dans l’affaire dite du braquage de la banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest. Vous avez dit que vous récusez cette condamnation, ce n’était pas aussi simple parce qu’elle est là. Est-ce que vous attendez de la part d’Alassane Ouattara une amnistie dans cette affaire

LG : moi je n’attends rien

J : Mais c’est quand même une épée de Damoclès pour vous 

LG : Moi je n’ai aucune épée de Damoclès sur la tête. Je n’espère rien, car je n’ai jamais braqué une banque. Moi J’ai ri et j’ai dit que c’est une mauvaise plaisanterie. Mais on ne va pas me faire admettre ce qui est inadmissible.

J : il y’ a un autre sujet sur lequel vous vous êtes exprimez. On a tous compris, c’est ce projet dont on parle de mettre une limite d’âge pour être candidat à la présidence à 75 ans. Ça a déjà existé dans la constitution de 2000. Cette limite avait été levée lors de la dernière réforme constitutionnelle. Et il se dit qu’on pourrait la rétablir. Ce qui ferait que Alassane Ouattara, Henri Konan Bédié et vous-même ne seriez pas en mesure de vous présenter si vous le souhaitez à une élection présidentielle

LG : je suis contre

J : parce que vous considérez que c’est une façon de vous éliminer

LG : Mais noon. Je trouve que c’est ringard. Dans un pays civilisé ou l’on est bien éduqué, on ne l’élimine pas les candidats à cause de leur âge. JOE BIDEN est plus vieux que moi

J : Vous avez dit deux choses dans votre discours. Vous avez dit je ferai la politique jusqu’à ma mort

LG : bien sûr

J : c’est moi et c’est moi seul qui vais décider sous quelle forme et après à la fin de votre discours, vous avez dit cette phrase qui a intrigué beaucoup de militants. Mon ambition aujourd’hui c’est de partir. On a l’impression que vous dites une chose et son contraire

 

LG : c’est qu’on comprend mal

 

J : alors expliquez nous

LG : parce que faire la politique ce n’est pas être président Du PPA. Vous comprenez. Je fais la politique en étant à la tête de parti. Mais je peux faire la politique sans être à la tête du parti. C’est cela que veux expliquer. Moi je n’ai jamais été militant de base. Depuis 1982, j’ai toujours été le leader, c’est à dire secrétaire général, ou bien président. Bon, il arrive un moment ou on est fatigué de prendre sur soi toutes ces charges de direction. Donc, je souhaite me désengager dans un avenir que je ne peux pas définir ici

J : Vous souhaitez vous désengager de la tête du parti

LG : oui ; je souhaite me désengager en confiant la tête du parti à quelqu’un d’autre, mais cela ne veut pas dire que je quitte la politique

J : Vous imaginez donc la question que je vais vous poser. Tout le monde à cette date en tête, une date théorique car elle peut changer, c’est 2025. Quand est prévue l’élection présidentielle. Est-ce à dire que vous ne serez pas candidat à cette élection ?

LG :  Je n’en sais rien.  Et ça je l’ai dit aussi, mais on l’a moins compris. J’ai occupé toutes les fonctions. J’ai été opposant, j’ai été président. Et j’ai écrit ce qu’il faut faire pour que la côte d’ivoire sorte du sous-développement. Mes idées sont là. Et je vais continuer à écrire. En 1940, lorsque De gaulle était dans l’avion qui le menait à Londres, il ne pensait qu’il serait président de la république. Il y’a des moments ou certaines charges s’imposent à vous.

J : Vous ne l’excluez pas quand vous dites je n’en sais rien. Alors que là vous pouvez dire oui, j’ai déjà été, donc je me retire

LG : si les circonstances sont telles que nous avons des chances de gagner sans moi, on va accompagner ce dernier. Si c’est avec moi, on ira.  Donc je n’exclus rien.

J : Ce que vous ne voulez pas est qu’on vous exclut par cette limite d’âge. C’est bien cela ?

LG : je refuse que quelqu’un d’autre décide pour ma vie. Je refuse cela. Et c’est peut-être parce que je refuse cela que j’ai fait cette carrière politique là

J : l’homme du refus. Alors vous avez évoquez la question des mandats présidentiels. Un sujet de controverse ici en Côte d’Ivoire. Mais au-delà, on va commencer par ici. Alassane Ouattara s’est présenté pour un troisième mandat. Il avait indiqué qu’il ne voulait pas et que c’est suite au décès par maladie de son dauphin désigné Amadou Gon Coulibaly qu’il a été forcé à le faire. Pour vous, il a violé la constitution ?

LG : oh je ne parle pas du décès d’Amadou Gon Coulibaly que je connais et qui a été mon ministre. Mais je pense que le problème en Afrique est qu’on ne respecte pas les textes qu’on écrit. En Côte d’Ivoire, au Mali, en Guinée. On a l’impression qu’on écrit les textes pour imiter les occidentaux. Et pour agir, on agit comme on veut. Moi je ne suis pas de cette logique. Quand on écrit quelque chose, quand on écrit une loi il faut la respecter

J : Mais vous connaissez l’argument, on change de constitution on remet les compteurs à zéro

LG : et c’est justement tout ça qui n’est pas respecter la loi

J : Donc Alassane Ouattara n’a pas respecté la loi ?

LG : Oui, mais à quoi ça sert aujourd’hui de le dire

J : ça sert de le dire, mais vous avez cité des exemples. Alors fondamentalement ces histoires de remise à zéro des compteurs ou la limitation d’âge n’est pas un poison pour la démocratie en Afrique ? Est-ce que cela n’encourage pas les coups d’Etat de certaines façons ?

LG : moi je vais vous dire une chose, je suis pour la limitation des mandats à deux

J : point final

LG : Mais les gens ne sont pas obligés d’être pour la limitation des mandats. Il y’ a des pays où il n’y a pas de limitation de mandat. Regardez la chancelière allemande, elle a fait 16 ans. Qui le lui reproche ? personne. Parce qu’elle n’a rien violé. Elle n’a violé aucun texte. Ici ce qu’on reprochait à Houphouët Boigny. Ce n’est pas d’avoir fait 33ans de présidence. Mais c’est d’avoir fait le parti unique. Sinon lui, il n’avait pas limité les mandats. N’ayant donc pas limité les mandats, il continuait. Il faut qu’on soit logique. La démocratie c’est cela aussi. On adopte des textes. On n’est pas obligé de mettre deux mandats. Mais une fois qu’on a mis deux mandats, respectons les deux mandats. Si on ne veut pas faire deux mandats, alors ne mettons pas cela dans les textes.

 

J : le Président Français va au Tchad suite à la mort de Idriss Deby et semble légitimer une transition dynastique. Beaucoup y ont vu deux poids deux mesures par à ses condamnations assez virulentes du coup d’Etat au Mali. Vous aussi ?

 

LG : Ce n’est pas mon affaire, le président Français fait ce qu’il veut là-bas. Mais je n’ai pas compris. Mais je laisse la liberté au président Français de faire ce qu’il a à faire là-bas

J : la présence militaire française en Afrique. Est-ce qu’il ne serait pas l’heure de la remettre en cause et aussi les accords de défense. On le voit au Mali, ici il y’a une base militaire française et vous êtes bien placé pour le savoir.

 

LG : mais j’ai toujours remis en cause

J : là vous souhaiteriez la fermer et faire rentrer les soldats à la maison

LG : ce n’est pas parce qu’on aura demandé la fermeture des bases militaires françaises qu’on est contre la coopération avec la France. Mais l’heure d’avoir des bases militaires dans nos pays est passée. Nous sommes dans une heure où nous devons aller vers plus d’indépendance. Plus de coopération inter Africaine. C’est ça qui est le problème.

J : je vais revenir sur le 31 mars de cette année, vous vous souvenez de cette date.

LG : bien sûr

Vous êtes à la cour pénale internationale ou l’acquittement définitif est prononcé. On se souvient de votre visage. Vous pensez à quoi en ce moment ?

LG : j’ai d’abord fait ça (il montre les deux pouces en l’air). Ce n’est pas dans ma tête qu’il faut chercher des réponses, c’est dans la réalité parce que ce procès pour moi est une forfaiture.

J : votre Co accusé, Charles Blé Goudé suite à sa libération a sur France 24 demandé pardon aux victimes, aux ivoiriens. Tout comme vous, il a été acquitté de crimes les plus graves parce qu’il y’a eu quand même des victimes. Trois milles personnes sont mortes

LG : Il y’a plus de trois milles personnes

J : alors est ce que vous aussi vous demandez pardon parce que vous étiez responsables ?

LG : moi je ne suis pas Charles Blé Goudé, je suis Laurent Gbagbo.

J : je l’ai bien remarqué

LG : je suis Laurent Gbagbo, ancien président de la république de Côte d’Ivoire. Je ne parle pas comme Charles Blé Goudé. Les problèmes qui se posaient en Côte d’Ivoire et qui se posent encore sont des problèmes graves. Il ne faut pas s’amuser avec. Il faut les mettre sur la table, les discuter, dégager les responsabilités des uns et des autres et puis prendre des décisions au niveau de l’Etat pour avancer. Moi je ne me mets pas là pour dire pardon.

J : Peut-être que les victimes attendent cela monsieur le président

LG : les victimes attendent qu’on règle, qu’on discute le problème et qu’on voit quels sont les responsables. On prend Gbagbo, on prend Blé Goudé et on les dépose à la Haye

J : C’est qui ON, Nicolas Sarkozy ?

LG : par exemple. Il fait partie de ses On, puisque c’est lui qui a bombardé ma maison. C’est lui, qui a bombardé la résidence présidentielle de la Cote D’ivoire

J : il a voulu vous tuer ?

LG : ça je ne sais pas ce qu’il a voulu, je ne suis pas dans sa tête. Mais je sais qu’il a bombardé et il envoyé les chars militaires français encercler ma maison pour me capturer comme un malfrat, comme un malfaiteur. Et je me suis demandé au fond, que vient faire la France dans une affaire de contestation électorale en Côte d’Ivoire

J : Vous considérez toujours que vous avez gagnez en 2010 ?

LG : le problème n’est plus là, puisque de toutes les façons on ne peut pas faire un retro pédalage. On avance et je sais avancer

J : Est-ce que vous pardonnez à Alassane Ouattara ?

Je pardonne à tout le monde

J : merci beaucoup Monsieur le Président d’avoir répondu aux questions de France 24.

 

                                                          Source France 24

 

 

 

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article